Le Pie XII de Pierre Milza

Pie XII - Pierre MilzaNous vous proposons ici une recension du livre Pie XII, de Pierre Milza* (Fayard, octobre 2014), par Jean-Baptiste Noé, historien.

Pierre Milza est passé maître dans les biographies historiques : Napoléon III, Mussolini, Garibaldi, Verdi, et ce spécialiste de l’Italie contemporaine et du fascisme s’intéresse aujourd’hui à un autre Italien : Eugenio Pacelli. Il nous propose une biographie monumentale de plus de 400 pages, très bien écrite et documentée, abordant tous les aspects de la vie de Pacelli, et ne s’arrêtant pas uniquement à ses années de guerre mondiale. La couverture exprime d’emblée la thèse de cette biographie : ce n’est pas la photo de Pie XII qui y est imprimée, mais celle du cardinal Pacelli en 1935, secrétaire d’État et diplomate du Saint-Siège. L’auteur a à cœur de montrer comment Pacelli fut d’abord un diplomate, un homme au service du Saint-Siège, de par sa tradition familiale, l’aristocratie noire de Rome, sa formation, études de droit et de diplomatie, et ses fonctions pastorales : il travailla toujours dans l’orbite de la secrétairerie d’État.

Bien sûr, le lecteur ira immédiatement aux pages consacrées à la guerre, pour savoir ce que l’auteur pense de l’action de Pie XII face aux nazis et face au génocide juif. C’est commettre une erreur épistémologique que de procéder ainsi, car l’attitude de Pie XII entre 1939 et 1945 ne peut se comprendre sans sa formation initiale et ses missions diplomatiques durant les années 1920-1930. Pierre Milza démontre de façon admirable comment Pacelli était un conseiller recherché par les papes qu’il a servi, Benoît XV et Pie XI, et le secrétaire d’État avec qui il a longtemps travaillé, le cardinal Pietro Gasparri. C’est Pacelli qui est envoyé dans la plupart des États d’Europe pour négocier les concordats que ceux-ci veulent signer avec le Saint-Siège. C’est lui qui est nommé nonce à Munich, voyant ainsi de l’intérieur les affres de la déroute de 1918, dans une Allemagne en proie à la dissolution et secouée par les difficultés de la république de Weimar. Il affronte la révolution spartakiste, et risque sa vie à plusieurs reprises, étant la cible des révolutionnaires communistes. Bras droit de Pie XI, c’est lui qui travaille sur la rédaction de l’encyclique condamnant le nazisme (1937), comme il avait auparavant négocié avec le régime fasciste pour aboutir aux accords du Latran (1929). Ce diplomate écouté, que Pie XI a envoyé faire des voyages aux Amériques et en Europe, est un des plus grands connaisseurs de l’Europe et des dangers totalitaires quand s’ouvre le nouveau conflit mondial en 1939.

Sur l’action de Pie XII pendant la guerre, Pierre Milza reprend les travaux pionniers du père Pierre Blet et de Philippe Chenaux. Il montre comment Pie XII a contribué à sauver des juifs, comment il fut aussi torturé par ses dilemmes de savoir s’il devait parler publiquement et des conséquences que cela aurait sur les nazis. Il n’omet pas non plus de mentionner l’action de Roosevelt et de Churchill, sur le sujet beaucoup plus passifs que le pape.

Tout au long de sa biographie, Pierre Milza s’attache à nous montrer l’humanité de Pie XII et à briser l’image pieuse d’un homme hiératique et froid. Il évoque ses problèmes de santé, des douleurs gastriques qui le tiraillent tout au long de sa vie, ses longues heures passées à travailler, dormant très peu, et son amour du peuple romain et des ouailles qui lui sont confiées. Pendant les bombardements de Rome, il part régulièrement visiter les quartiers touchés, au mépris des règles de sécurité. Il visite directement les populations frappées par la guerre, revenant poussiéreux et la soutane tachée de sang.

Si le Pacelli diplomate est très bien étudié, on regrettera que l’auteur passe un peu vite sur le Pacelli pape, dont le pontificat d’après-guerre a duré presque 15 ans. Tous les grands thèmes de son pontificat sont abordés : les prêtres ouvriers, la réforme de l’Église, la modernité et la construction de l’Europe. L’auteur en parle très bien, et s’attache à montrer que Pie XII fut un pape réformiste et innovant, ce qui surprendra ceux qui ont de celui-ci une vision quelque peu figée. Le dernier chapitre est ainsi consacré à l’Europe violette et vaticane, où l’on découvre que Pie XII a porté la naissance du projet européen, et qu’il a proposé à plusieurs reprises les institutions suisses comme modèles politiques pour l’Europe des nations. Celui qui fut toute sa vie juriste et diplomate était à même de pouvoir proposer des institutions adaptées pour l’Europe.

Ce Pie XII sera probablement un classique. C’est en tout cas d’ores et déjà une grande biographie. Pierre Milza a su appliquer ses qualités et ses talents à une personne qui ne correspondait pas au champ premier de ses recherches.

 

(*) Biographie de l’auteur

Né en 1932, Pierre Milza est historien, spécialiste de l’histoire du fascisme et de l’Italie des XIXe et XXe siècles. Docteur ès lettres, il est professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris et membre du conseil scientifique de l’Institut François Mitterrand. Jusqu’en 2000, Pierre Milza a été directeur du Centre d’histoire de l’Europe au XXe siècle (CHEVS) à la Fondation nationale des sciences politiques, et président du Comité franco-italien d’études historiques.

Pierre Milza a publié de nombreux manuels dans la collection « Initial », aux éditions Hatier, en collaboration avec Serge Berstein. Il est notamment l’auteur de Voyage en Ritalie (Plon, 1993), Les Relations internationales de 1918 à 1939 (Armand Colin, 1995), Les Relations internationales. I. De 1945 à 1973 (Hachette, 1996), Les Relations internationales. II. De 1973 à nos jours (Hachette, 1997), Sources de la France au XXe siècle (Larousse, 1997), Mussolini (Fayard, 1999), prix Guizot et Grand prix d’histoire de la Société des gens de lettres 2000, Fascisme français, passé et présent (Flammarion, 2000), L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites de 1945 à aujourd’hui (Fayard, 2002), Napoléon III (Perrin, 2004), prix des Ambassadeurs 2004, Histoire de l’Italie des origines à nos jours (Paris, Fayard, 2005) et Voltaire (Perrin, 2007).

Le 1er site francophone consacré à Pie XII fait peau neuve !

Créé dans une 1ère version en 2002 au moment du film Amen de Costa-Gavras, le site est une première fois refondu en un blog en septembre 2007 sous la technologie Dotclear. Il évolue aujourd’hui en un tout nouveau blog fonctionnant désormais sous Wordpress et a repris son nom d’origine : Pie XII.com. La quasi-totalité des articles a été conservée. Le blog est également désormais présent sur Twitter et Facebook. Graphiquement, adepte de la formule Less is more, le blog cherche toujours la plus grande sobriété.

Chaque mois, le blog reçoit en moyenne 1000 visiteurs (3000 en mars dernier). Parmi les articles les plus appréciés, celui sur la reconnaissance des Juifs envers Pie XII, la carte montrant la proportion du vote catholique face au vote nazi, ou le projet d’Hitler de faire enlever Pie XII.

Le blog cherche toujours à favoriser un débat, d’historiens si possible, sur cette période tragique du XXe siècle.

Avant (Pie12.com) :

Blog Pie XII

Après (Pie XII.com) :

Blog Pie XII

Le pape François estime utile les ‘silences’ de Pie XII…

…pour que ces « silences » ne tuent pas davantage de Juifs !
Pape François

Le 12 juin 2014, un jour après la prière pour la paix avec les présidents d’Israël et de Palestine, le pape François a accordé une interview au journal espagnol “La Vanguardia” dans laquelle il revient sur le rôle de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale. Extraits choisis avec d’autres passages sur le judaïsme.

Pourquoi est-il important pour tout chrétien de visiter Jérusalem et la Terre Sainte ?

Pape François : A cause de la Révélation. Pour nous, tout a commencé, là-bas. C’est comme « le ciel sur la terre », une avance de ce qui nous attend dans l’au-delà, dans la Jérusalem céleste.

Vous et votre ami le rabbin Skorka, vous vous êtes donnés l’accolade en face du mur des Lamentations. Quelle importance a eu ce geste pour la réconciliation entre les chrétiens et les Juifs ?

Au Mur, se trouvait aussi mon bon ami le professeur Omar Abu, président de l’Institut du Dialogue interreligieux de Buenos Aires. J’ai voulu l’inviter. C’est un homme très religieux, père de deux enfants. Il est aussi l’ami du rabbin Skorka et je les aime tous les deux énormément, et j’ai voulu que cette amitié entre les trois soit comme un témoignage.

Vous m’avez dit il y a un an que « dans chaque chrétien, il y a un Juif » ?

Peut-être que le plus correct serait de dire que « vous ne pouvez pas vivre votre christianisme, vous ne pouvez pas être un véritable chrétien, si vous ne reconnaissez pas votre racine juive ». Je ne parle pas de Juif dans le sens sémitique de race mais dans le sens religieux. Je crois que le dialogue interreligieux doit approfondir cela, la racine juive du christianisme et dans la floraison chrétienne du judaïsme. Je comprends que c’est un défi, une patate chaude, mais on peut faire comme des frères. Je prie tous les jours l’office divin avec les psaumes de David. Les 150 psaumes nous les passons en une semaine. Ma prière est juive, et ensuite j’ai l’eucharistie, qui est chrétienne.

Comment voyez-vous l’antisémitisme ?

Je ne saurais expliquer pourquoi il existe, mais je crois qu’il est très lié en général, et sans que cela soit une règle fixe, à la droite. L’antisémitisme a l’habitude de mieux se nicher dans les courants politiques de droite que de gauche, n’est-ce pas ? Nous en avons même qui nient l’holocauste : une folie.

Un de vos projets est d’ouvrir les archives du Vatican sur l’holocauste.

Ils apporteront beaucoup de lumière.

Quelque chose que l’on pourrait découvrir vous préoccupe-t-il?

Sur ce sujet ce qui me préoccupe c’est la figure de Pie XII, le pape qui était à la tête de l’Église pendant la Seconde Guerre Mondiale. On a tiré à boulets rouges sur le pauvre Pie XII. Pourtant il faut se rappeler qu’avant on le voyait comme le grand défenseur des Juifs. Il en a cachés beaucoup dans les couvents de Rome et d’autres villes italiennes, et également dans la résidence estivale de Castel Gandolfo. Là-bas, dans la chambre du Pape, dans son propre lit, sont nés 42 bébés, des enfants de Juifs, et d’autres persécutés qui étaient réfugiés là-bas. Je ne veux pas dire que Pie XII n’a pas commis d’erreurs – moi-même j’en commets beaucoup – mais son rôle il faut le lire selon le contexte de l’époque. Qu’est ce qui était le mieux, qu’il ne parle pas pour qu’ils ne tuent pas plus de Juifs, ou qu’il parle ? Je veux aussi dire que parfois cela me donne un peu d’urticaire quand je vois que tous s’en prennent à l’Église et à Pie XII et qu’on oublie les grandes puissances. Savez-vous qu’elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire des nazis pour amener les Juifs jusqu’aux camps de concentration ? Elles avaient les photos. Mais elles n’ont pas bombardé ces voies de chemin de fer. Pourquoi ? Il serait bon que nous parlions un peu de tout.

 

NB : L’Argentine, d’où est issu le pape, est le pays d’Amérique Latine qui compte la communauté juive la plus importante. Au début du XXème siècle et dans la période de l’entre-deux-guerres, des juifs d’Europe sont partis là-bas pour les raisons que l’on sait de l’antisémitisme européen mais aussi pour répondre au projet de création de « fermes juives » initié par le baron allemand Maurice Hirsch qui avait, au 19ème siècle, acheté des terres dans ce but. L’Argentine faisait alors partie de ce que l’on appelle les projets d’ex-territorialisation avec la Crimée et bien sûr le Birobidjan, même si ces deux derniers cas se situaient dans un autre contexte. Le projet agraire n’a pas réellement réussi mais les familles juives sont restées en Argentine et la communauté est aujourd’hui importante. Depuis plusieurs décennies le dialogue entre juifs et catholiques y est très vivant et le cardinal Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François, a toujours été attentif et très présent aux rencontres, aux partages spirituels et aux actions communes.

A Yad Vashem, révision du texte accompagnant la photo de Pie XII

La direction du musée de l’Holocauste, à Jérusalem, le mémorial de Yad Vashem, a décidé de changer le texte qui accompagne la photo du pape Pie XII et critique son action.

Dans l’ancien texte, le pape était accusé de ne pas s’être élevé contre les exactions anti-juives des nazis durant la seconde guerre mondiale, alors que dans le nouveau texte, il est reconnu à Pie XII d’être intervenu, dès son radio message de Noël en 1942, en faveur de « centaines de milliers de personnes qui, sans avoir commis de faute, mais pour des raisons de classe ou nationalité, sont destinées à la mort ou à des conditions progressives de dépérissement ».

En avril 2007, ce texte avait créé un incident diplomatique, le nonce apostolique en Israël, Mgr Antonio Franco, refusant de prendre part à la cérémonie du Jour de la Mémoire si on ne changeait pas cette inscription. Un retrait que « le chercheur juif Sir Martin Gilbert, grand historien de la shoah, avait lui aussi réclamé », a rappelé le P. Peter Gumpel, postulateur de la cause de béatification de Pie XII.

Mgr Antonio Franco avait finalement participé à la cérémonie après que le directeur du centre, Avner Shalev, lui eût promis de réviser le texte de la légende.

Le nouveau texte fait état du nombre considérable d’activités de secours entreprises par l’Eglise catholique pour sauver les juifs et de l’intervention personnelle de Pie XII pour encourager ces activités et protéger les juifs.

Interrogé par Zénit, le P. Pierattista Pizzaballa, OFM, Custode de Terre Sainte, a commenté ce changement, affirmant que « c’est une bonne nouvelle ».

« Même si, à leurs yeux, cela ne fera pas tout à coup de Pie XII un saint, la situation sera sûrement meilleure », a-t-il ajouté : on indique que « les actions du pape font encore l’objet de grandes discussions ». La nouvelle du changement dans le texte a été publiée par le quotidien israélien Haaretz.

Source : Zenit (Sergio Mora – traduction d’Océane Le Gall)

Shoah : des diocèses refuges cachent les fugitifs

Les évêques et Pie XII face aux rafles

Pour soustraire les fugitifs aux rafles, des réseaux diocésains s’organisent. L’ouverture des clôtures féminines et les témoignages des rabbins prouvent que les évêques des diocèses concernés sont impliqués dans les sauvetages. Article tiré d’un dossier spécial dans le dernier numéro d’Histoire du Christianisme Magazine, intitulé « Soutenus par Pie XII, les évêques contre les rafles » (*).

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