Non, Pie XII n’a pas kidnappé d’enfants juifs. L’historien canadien Michael Marrus a découvert, en Israël, des archives révélant l’existence de réunions tenues, peu après la Deuxième Guerre, entre le Vatican et le Congrès juif mondial.


D’aucuns accusaient le pape d’avoir refusé de rendre aux juifs ces enfants que des catholiques avaient sauvés des camps nazis.

Dès la fin de la guerre, le Congrès juif tente de retrouver les enfants qui ont survécu à l’holocauste. Chaque enfant est d’autant plus précieux que la communauté juive d’Europe a presque totalement été détruite. Combien d’enfants durent leur survie aux familles et aux institutions qui les ont secrètement cachés? On ne le sait au juste. Mais il est certain que des familles catholiques en ont fait baptiser et les ont éduqués comme leurs enfants.

Pie XII lui-même participe aux réunions avec des dirigeants du Congrès juif. Le pape veut savoir combien d’enfants sont sous la garde de catholiques et où ils se trouvent. Dans le chaos qui règne en Europe, les délégués juifs ne le savent pas trop. Les rencontres sont néanmoins cordiales. Isaac Herzog, le grand rabbin de Palestine (Israël n’existe pas encore), discute même de théologie avec Pie XII. Le pape se montre sympathique à la mission du Congrès. Il donne à Herzog la permission d’invoquer l’appui du Vatican s’il rencontre quelque résistance chez les catholiques en tentant de retrouver ces enfants. Bien que le Congrès souhaite une déclaration publique du Vatican, ses représentants n’en font toutefois pas la demande.

Les dirigeants juifs sont conscients du problème que posent à Pie XII les enfants baptisés. Pour les sauver, en effet, des parents juifs ont consenti au subterfuge. Au cours des années, ces enfants seront élevés dans la foi chrétienne. (On l’ignore à ce moment-là, mais le baptême ne sauvera pas le juif découvert par les autorités d’occupation.)

D’après les archives trouvées par le professeur Marrus, les leaders juifs ont par la suite présenté leur mission comme un succès et reconnu que le Vatican avait été d’une grande aide. La découverte jette un éclairage différent sur la question, un des sujets de la controverse douloureuse qui subsiste, un demi-siècle plus tard, entre Rome et les juifs.


Article paru le 7 novembre 2005 (Merci à Francine C.)